Tout petit mon grand père m’avait dit : tu sais un jour, Didier l’année de ton âge correspondra à l’année de ta naissance, alors pendant toute cette année fait une chose qui te plaisir et qui puisse être réalisée pendant un an.
Cette année qui me semblait alors si lointaine est d’actualité. J’ai pensé à ce grand père et je me suis dit que la meilleure chose que je puisse faire c’est de réaliser dessins, peintures sur tout support, pendant cette année et d’en faire 553. Cela vous donne mon âge et tout le monde me dit pourquoi cinq cent, mais pourquoi pas !
Le travail que je vous présente est réparti sur les six premiers mois. Il a commencé par les carnets de dessin qui sont permanents dans ma poche. Ils sont souvent rehaussés de gouache. Les idées s’y puisent. Parce que je travaille sur un matériau très cher c’est-à-dire le verre soufflé à la bouche, j’ai toujours été attiré par des supports peu chers et courrant que tout à chacun peut avoir. Les premiers ont donc été des papiers de magazines, particulièrement les journaux féminins ou de décorations pour leur forma et l’inspiration que j’y trouve : Art décoration, Côté Ouest, Figaro Madame etc…
J’aime peindre et avant tout laisser mon inspiration aller vers une écriture automatique : laisser monter en moi les sentiments, les images, les envies, les couleurs.
Tout a commencé par des histoires où chaque image peinte à l’huile complète l’autre. Elles forment des séries de deux à dix peintures et doivent être toutes encadrées. Si par hasard vous les possédiez, vous avez tout loisir de les assembler à votre convenance de les bouger pour y mettre votre regard, votre histoire pouvant former d’immense tableau. Les images peuvent de combiner se mélanger tant que je n’ai pas assemblée mon histoire.
Tout est donc prétexte, un garçon qui attend de passer à un feu sur un passage piéton devient une histoire. Un jour je suis revenu d’un séjour où j’avais acheté du vin. L’ambiance, la façon de présenter ce vin m’a inspirée.
La plus belle découverte a été de dessiner au mois d’avril sur le carnet de croquis deux feuilles, deux malheureuses feuilles, deux si belles feuilles. J’ai senti quelque chose de fort m’envahir et cela ne me quitte plus. On peut donner toute explication mais ce dessin vient au fond de moi et il me semble comme un vieux compagnon. Je n’ai jamais vu de feuilles dessinées comme cela. La feuille est de tout temps et dans toutes les civilisations. Elle symbolise la force, la majesté, la sagesse, la générosité, la puissance, la longévité, la légèreté et pourquoi par la fidélité toujours accrochée à sa branche et est pleine de promesse et de prophétie. Par sa légèreté aérienne et par la profondeur de ses racines, elle symbolise l’axe du monde, et devient l’instrument de communication entre les mondes souterrains et le ciel mais surtout elles parlent à tous les hommes. À elle seule, elle représente les quatre éléments de l’alchimie : l’eau qui circule dans sa sève, l’air qui pénètre par son feuillage, la terre où elle se tient et puis les couleurs dont elle se revêt. Elle semble en apparence résistante aux agressions humaines, à la sécheresse, au feu, au froid et semble en fait le compagnon fidèle des hommes tout au long des siècles et des civilisations. Elle va maintenant devenir le fil conducteur de mon travail.
J’aimerais comme, dans un rêve, c’est la dessiner dans tous les pays du monde pour voir si elle ne revêtirait pas d’autres couleurs, d’autres formes. J’ai besoin en milieu de parcours de discuter de mes feuilles. J’aime les rencontres, elles sont sources d’enrichissement.